Il s’agissait de soigner les blessures reçues au cœur en voyant Notre-Dame brûler. Je suis allé voir l’admirable exposition Toutânkhamon à la Villette à Paris. Les volutes du temps long ont fait leur effet. Puis je suis revenu à mon labeur. La vie va son cours erratique. Dans le fouillis de ce qui est tout en même temps, j’ai retrouvé mes fils conducteurs.
Castaner annonce des violences pour le 1er Mai. Cette annonce a une signification. Le pouvoir macroniste en revient à ses recettes de cuisine émeutière pour faire oublier sa mauvaise posture. Et c’est peu dire qu’elle est mauvaise. Ce post paraitra sans que je sache ni quand le Président parlera encore, ni de quoi il parlera, même en gros. Cela fera une semaine que nous aurons vécu au rythme de l’annonce d’annonces qui ont eu lieu mais ne comptent pas et des hoquets de la prise de parole officielle. Mon premier jet de post pour ce blog aura donc été retardé chaque jour au rythme des événements extraordinaires de cette semaine sans précédent. Elle reléguait chaque jour la veille dans le néant.
Tout le dispositif de communication du pouvoir est parti dans les fumées de l’incendie de Notre-Dame. Tout a été bloqué au pire moment de la séquence, après enregistrement. Et le reste s’est perdu dans la la contre-performance à répétition des interventions du Président. Le mieux qui puisse sortir de tout cela est une panoplie de mesures en manteau d’Arlequin. Elles laisseront malengroins tous les secteurs oubliés et très frustrés, tous les tenants des domaines évoqués.
L’effet vide-grenier avait une chance de fonctionner au débotté de la fin du grand débat. Il n’en a plus aucune à présent. La crise rappelle sa nature : elle est politique et elle est globale. Je ne crois donc pas qu’elle puisse se dissoudre dans un catalogue hétéroclite et sans profondeur structurelle. Mais lui va le croire et le tenter. Ses annonces ne sont donc rien de plus qu’un épisode du plantage politique général que sont les jours en cours. Avec un samedi supplémentaire de mobilisation, le mouvement des gilets jaunes, qui, bien sûr, « s’essouffle », cela va de soi, la vie de la France va, trébuchante et balbutiante au sommet, coléreuse et opiniâtre dans la profondeur, perplexe entre les deux.
Je marchais dans la rue ce samedi et je fus abordé par une dame qui a en charge des familles en centre d’accueil. Elle me parle des gens maltraités qui s’y trouvent. Elle me parle des 350 personnes déjà expulsées de leur logement depuis la fin de la trêve hivernale dans son secteur. Elle conclut en me disant « vous savez, c’est juste pas entendable tout cet argent des riches pour la cathédrale pendant que nous vivons ça ». Que croit Macron ? Qu’un tel état d’esprit populaire se dissoudrait dans un plan de communication gouvernemental ? Faut-il attendre le collapse pour se souvenir de la démocratie comme remèdes aux impasses ? Le chemin vers le face à face politique de la dissolution ou de la Constituante est certes encore imprévisible. Mais il est tout tracé.
Une nouvelle fois, le sort du combat politique actuel se joue sur la grande scène. En Europe, c’est avec les élections pour le parlement de Strasbourg, bien sûr. Mais surtout en Espagne avec l’élection générale, et aux États-Unis avec la préparation des primaires de l’élection présidentielle. Il est certain que la partie est globale. Le contexte le surligne. C’est celui de la marche à la crise financière d’une part, et de l’imminence du choc écologique de l’autre. Bien sûr.
Mais par-dessus tout règne une violence politique désormais répandue dans tous les médias, et à partir des systèmes judiciaires comme à peu d’autres moments du passé. Le grand quotidien New York Times est déchaîné contre Sanders. Tout est bon pour tenter d’enrayer son emprise croissante, la force simple de son programme social. Les photos bouches ouvertes et poing fermé, les accusations les plus ubuesques, tout y passe. De même en Espagne. Le grand quotidien El País est déchaîné contre Podemos et contre Pablo Iglesias en particulier. Dans ce pays, des digues avaient déjà été franchies avec la publication, entre autres, des échographies de Iréné Montero leader de Podemos et compagne de Pablo Iglesias.
À présent, l’exception révulsante est devenue la règle. Il est vrai que dans ces deux pays, ce qui se joue est considérable. La bascule des États-Unis n’est pas une simple figure rhétorique. L’élection d’Obama et ses deux mandats ont eu un effet de désorientation générale du type de l’« effet Hollande » sur les consciences populaires du pays. La bascule d’une large partie des secteurs populaires vers le trumpisme vient de là. Elle a été analysé par les démocrates américains et par leurs cousins sociaux-démocrates européens dans un prisme très étroitement anti-populaire. Cela a masqué ce fait majeur que les USA à leur tour étaient déjà largement engagé dans un processus « dégagiste ». Il avait commencé avec l’élection d’Obama. Il s’est amplifié en pure exaspération après l’élection de Trump. Ce processus continue sous nos yeux avec l’incroyable côte de Bernie Sanders depuis l’annonce de son engagement dans l’élection présidentielle. Sanders est donné gagnant face à Trump. Ce seul effet d’annonce est un démultiplicateur
En Espagne, Podemos n’aurait plus la même puissance électorale nous dit-on. Mais sa puissance politique est décuplée puisque c’est de lui que dépend l’existence d’un nouveau gouvernement du PSOE. Comme il y a quelques semaines, le programme d’un tel gouvernement dépend des concessions faites à Podemos. C’est là le pire pour l’oligarchie espagnole. Elle joue donc pour que l’alternative éventuelle au retour de la droite flanquée de l’extrême droite soit dans une alliance du PSOE avec la formation centriste de droite « Ciudadanos »
Les deux situations prises en exemple, l’Espagne et les USA, n’ont pas le même impact sur le monde, cela va de soi. Mais l’examen des deux combats permet aussi de faire d’amples moissons d’expériences utiles. D’abord, notons les évolutions. Comme en France, aux USA, le système médiatique est passé de l’invisibilisation de Sanders à un harcèlement haineux continu et quasi-quotidien. La nouveauté est dans ce que cela a provoqué comme mode de réplique. Les partisans de Sanders ont compris qu’aucun arrangement ni compromis n’est possible avec la deuxième peau du système qu’est le parti médiatique. Ils optent à leur tour pour la tactique de la conflictualité qui éduque, vaccine et prépare l’avenir. Même évolution en Espagne où nos amis ont renoncé aux osmoses du passé avec les « bons copains journalistes » qu’ils accueillaient jusqu’au cœur de leur réunions les plus fermées. Depuis que ceux-là les matraquent sans relâche et sans borne, le fossé est assumé et nos amis tapent à leur tour les mains qui les battent.
Aucune stratégie de révolution citoyenne n’est tenable dans la durée sans cette conflictualité qui assume le constat que nous n’affrontons en réalité rien d’autre au quotidien que le parti médiatique. El País et New York Times sont les cousins germains associés du titre Le Monde en France. Cela suffit je crois pour que chacun de mes lecteurs sachent à quoi s’en tenir sur la violence des chocs qui nous attendent encore. On vient de le voir cette semaine encore avec la mise en scène de la pseudo-affaire Guénolé.
Mais, pour moi, le plus intéressant dans ce contexte est la similitude des difficultés stratégiques que nous rencontrons sous toutes les latitudes. Je la résume. La société libérale émiette le corps social dans la précarité et l’uberisation généralisée. Alors sa conscience de soi s’éparpille de même. Certes, le collectivisme spontané des revendications écologiques redonne du sens commun. Mais il ne suffit pas à établir la ligne de rupture pourtant vitale avec la racine des politiques libérales qui provoque l’effondrement des liens de la société. Dans ce contexte, la proposition fédératrice peine à se faire entendre et même tout simplement à émerger. Dans chacun de nos pays, toute la question se concentre sur l’étape cruciale du passage de la phase destituante à la phase constituante. Quel peut en être l’occasion ? Quel peut en être le moyen ? Quel en serait l’instrument ?
C’était un vraiment triste spectacle. Jeudi 11 avril, Julian Assange a été arrêté à Londres par la police britannique. Je revoyais son visage pour la première fois depuis longtemps. Comme il est marqué ! Depuis 2012, il vivait reclus dans l’ambassade de l’Équateur au Royaume-Uni. Sa vie avait lieu dans une pièce de 12m² dont les fenêtres étaient voilées par une bibliothèque pour barrer l’espionnage sonore extérieur. Rafael Correa, initiateur de la révolution citoyenne en Équateur et ancien président de ce pays, lui avait accordé la nationalité équatorienne. C’était pour Assange la seule façon d’échapper à l’Empire US et à ses larbins. Cette situation a duré plus de 6 ans jusqu’à jeudi dernier.
Si Assange a été arrêté, c’est bien parce qu’il dérange les maîtres du monde. Il est le fondateur du site internet d’information Wikileaks. Ce site collaboratif a publié ces dernières années les plus grosses fuites de documents secrets des puissants, et particulièrement des États-Unis. Ils ont ainsi révélé au monde les crimes de guerre commis par l’armée US en Afghanistan et en Irak. Le jour même de l’arrestation d’Assange, le tribunal pénal international renonçait à poursuivre les USA pour crime de guerre en Afghanistan. Mais Assange a aussi mis en lumière les pratiques d’espionnage de masse auxquelles se livre le gouvernement US contre tous les pays, y compris ses chers alliés. Dont la France fait partie. Ainsi, nous avons appris grâce à Wikileaks, donc grâce à Julian Assange, que l’agence américaine NSA avait placé sur écoute Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy puis François Hollande.
La révélation au public des méthodes utilisées par les États-Unis pour s’assurer de leur domination est souvent aussi dévastatrice pour eux. C’est un carburant puissant pour l’anti-impérialisme dans le monde. Car chacun peut voir, de cette façon, la distance qui sépare les discours lénifiant sur « la liberté » garantie par l’Empire et la réalité faite de mensonges, d’espionnages et de manipulations. Dans la jeune génération gavée de propagande plus ou moins ouverte en faveur des USA, de leur mode de vie et de leur culture, c’est une excellente leçon de choses.
D’où la cabale lancée de longue main par les « services » des USA et leurs relais de presse dans le monde entier contre Assange. Depuis 2010, il a été poursuivi par le parquet suédois pour des faits de viol et d’agression sexuelle. Assange a toujours nié ces accusations qu’il considère comme une manipulation. Mais il a accepté la procédure à son encontre à ses débuts. Sur place, il s’est rendu aux interrogatoires de police et de justice. Il a quitté la Suède avec l’accord des autorités judiciaires et il avait dit qu’il reviendrait à la demande si on lui garantissait qu’il ne soit pas expulsé vers les Etats Unis. Mais l’affaire suédoise est très vite apparue pour la police britannique comme un utile prétexte. Il permettait d’arrêter Assange au motif de le remettre aux autorités suédoises. Puis, une fois arrêté, d’examiner la demande d’extradition présentée par les États-Unis.
Car sinon, comment procéder contre Assange citoyen australien et Equatorien ? Quel moyen de le capturer pour pouvoir l’extrader vers les États-Unis ? Le Royaume-uni est capable de tout pour honorer son lien spécial aux États-Unis. Qu’on se souvienne des conditions dans lesquelles il a permis le départ hors de son sol de Pinochet, poursuivi à Londres par le juge espagnol Balthazar Garzon ! Autorisé à retourner au Chili dans une la chaise roulante apitoyante au départ d’Europe, Pinochet se releva tout seul en arrivant sur le tarmac de Santiago.
En 2017, le parquet suédois a finalement annulé les poursuites contre Assange. En 2018, le journal The Guardian a révélé que la justice suédoise souhaitait classer l’affaire depuis 2013 mais ne l’avait pas fait sous pression de la police britannique. Mais malgré l’absence de poursuite suédoises contre Assange, le Royaume-Uni maintient son mandat d’arrêt. Tout cela est en général passé sous silence. Et n’est jamais mentionné l’abandon de l’accusation initiale de « viol », sans preuve ni suite, ni même le moindre récit sur les faits reprochés qui permettrait aux lecteurs de se faire une idée de la personnalité d’Assange. Il s’agit de salir Assange en faisant de toute personne qui exprime de la compassion pour lui et de la solidarité politique pour sa lutte la complice d’un violeur et d’un agresseur sexuel.
Le vrai but est bien de l’envoyer aux États-Unis où il sera jugé pour violation de la loi américaine sur l’espionnage. Et cela bien qu’il ne soit pas citoyen américain. Et bien qu’il n’ait pas enfreint la loi américaine sur le territoire américain. Côté républicain, Donald Trump avait souhaité en 2010 qu’il soit exécuté. Mais il est aussi détesté par l’establishment du parti Démocrate pour avoir révélé en 2016 la triche contre Bernie Sanders dont avait bénéficié Hillary Clinton. Les réseaux démocrates américains du monde entier et les clients des agences d’influence qui leur sont liés ont donc célébré l’arrestation d’Assange. Avec plus ou moins de gène devant la sale besogne qu’on leur demande de faire.
Si mes lecteurs veulent savoir de quoi je parle, je leur recommande la lecture de l’éditorial du Monde du dimanche 13 avril en dernière page. Pour ceux qui aiment malgré tout ce journal, cette forme d’approbation de l’arrestation est tout simplement désolante.
J’ai donc renouvelé mon appel pour que la France offre l’asile politique à Julian Assange. N’a-t-il pas œuvré pour la liberté et l’indépendance de notre pays en révélant des pratiques agressives cachées menées contre lui ? Je défends de longue date cette position. Dès 2012, nous avons donné la parole à Assange lors des universités d’été du Parti de Gauche. Puis je suis allé lui rendre visite à Londres, à l’intérieur de l’Ambassade de l’Equateur. Aujourd’hui, il est gravement menacé. On ne doit pas oublier que Chelsea Manning, sa « complice » aux USA a été gardée au secret et torturée de longs mois. Les USA sont un pays qui pratique officiellement et légalement la torture, comme à Guantanamo. Ils entretiennent plusieurs prisons secrètes dans le monde et en Europe. Les USA sont une puissance violente et sans scrupule. L’honneur de la France serait d’accorder à une de leur victime sa protection comme elle le fait pour d’autres dissidents d’autres empires. Mais il faudrait s’opposer à l’édito spécial du journal « le Monde ». Et à l’ambassade US. C’est beaucoup pour un simple gouvernement du type de celui-ci.
Le successeur de Rafael Correa à la présidence de l’Equateur, Lenín Moreno, a décidé de retirer la nationalité équatorienne à Assange et de le livrer à la police britannique. Selon les mots de Correa, cet acte fait de Moreno « le plus grand traitre de l’histoire de l’Équateur ». Je ne connais pas les autres traitres de ce pays. Mais je peux dire que Lenín Moreno est un personnage de très bas de gamme sur le plan humain. Sur plan politique c’est une marionnette pitoyable au service de l’oligarchie. Candidat sur proposition et avec l’appui de Rafael Correa, il a retourné sa veste à peine élu. Aussitôt, il a fait mettre en prison préventive le vice-président élu avec lui, Jorge Glas. Évidemment, l’accusation de corruption est le centre de tout ce dispositif.
On a vu comment la judiciarisation de la vie politique est l’arme désormais ordinaire contre notre mouvement dans le monde. Comme au Brésil dans l’affaire de la destitution de Dilma Roussef, ou l’emprisonnement de Lula, les accusateurs se retrouvent là aussi au banc des accusés. En Équateur vient d’être révélé que Lenín Moreno disposait d’un compte bancaire dans un paradis fiscal ! Il répond que ce serait un compte familial… On va voir quelle suite la justice équatorienne va donner à cette situation. Il est probable qu’il n’y en ait aucune si on en reste à ce que l’on a pu observer en Amérique du sud et en France.
En tous cas, depuis son accession au pouvoir, Moreno détricote tous les programmes sociaux mis en place par son prédécesseur. Il le pourchasse d’ailleurs avec la méthode judiciaire en vigueur dorénavant dans le monde entier contre les opposants aux régimes libéraux. Contre le seul Rafael Correa, il y a ainsi 90 procédures « judiciaires » en cours. À présent, c’est son successeur a la tête du parti qui fait l’objet de la persécution judiciaire. Je suis frappé de savoir qu’il est inquiété pour « incitation à l’insurrection », ce qui est évidemment un pur bobard mais qui montre vers quelles incriminations se tourne le système.
Mais en Équateur non plus, le peuple ne se laisse pas impressionner par le déploiement police / justice / médias. La première a monté un coup d’État et tiré sur Correa quand il était président. La seconde met en prison tous ceux que désigne le président actuel, le renégat Lenín Moreno. Quant aux médias, personne ne peut imaginer en France de quoi il s’agit en Amérique du sud, même si la distance entre les pratiques de caniveau tend à se réduire.
En tous cas le parti de Rafael Correa vient de gagner les élections locales alors même que Rafael est en exil forcé. Désormais, Moreno est un de ces pauvres porte-paroles interchangeables dont dispose l’Empire en Amérique du sud. Moreno est certainement le plus servile dans cette catégorie et aussi le plus grotesque par son excitation dévote pour plaire à ses maîtres. Il s’est couché une fois de plus devant l’Empire. On dit que c’est pour obtenir ce prêt miracle du FMI accordé sitôt l’arrestation de Assange. D’autres signalent un esprit de vengeance.
Car sur place, en Équateur, Lenín Moreno accusait Assange d’être à l’origine des fuites concernant la corruption de sa famille. Ce qu’avait relayé Wikileaks en précisant cependant ne pas en être à l’origine. Mais l’indignation des Equatoriens était à son comble et elle s’exprima dans la rue. Moreno a évidemment aussitôt immédiatement ordonné une sauvage répression des manifestations de soutien à Assange. Sur le modèle qu’applique aussi Macron, ce type de pouvoir combine les mesures judiciaires contre les principaux opposants et la violence policière et judiciaires contre les militants de terrain.
Le 26 mars 2019, un rapport officiel a été remis au Ministre de la culture pour proposer la création d’un Conseil de déontologie des médias. La trajectoire de cette idée nous intéresse. Je l’ai proposée à la suite de notre programme, pour la première fois au mois de novembre 2017 après un passage sur France 2 particulièrement lourd en traquenards, montages, mensonges et trucages à mon encontre. J’avais alors lancé une pétition pour la création d’un Conseil de déontologie. Elle a recueilli près de 200 000 signatures. Les premières réactions des pontes de la corporation furent de s’insurger contre mes velléités prétendument liberticides, s’étranglant du fait que j’avais utilisé le mot « tribunal » dans un article sur ce blog alors même que l’expression vient du nom de l’institution de ce type au Canada. Mais l’idée a fait son chemin petit à petit.
À l’Assemblée nationale, les députés insoumis se sont saisis de la proposition de loi ubuesque de la majorité sur la répression des fake news. À l’aide d’amendements à cette loi, nous avons pu montrer le sérieux de notre proposition. Nous avons ainsi prouvé sa capacité à régler une partie de l’énorme problème des abus de pouvoir du système médiatique. Finalement, devant l’impact de nos argumentaires, le gouvernement a été conduit à nous annoncer en séance publique de l’Assemblée nationale la création d’une mission d’information ministérielle pour étudier le sujet. Cette mission a été créé. Dirigée par Emmanuel Hoog, ancien PDG de l’AFP. Elle a donc rendu son rapport.
Je suis largement favorable à son contenu. Il recoupe l’essentiel des propositions des Insoumis. Ce n’est pas une idée maximaliste. Loin de là. Pourtant certains secteurs très corporatistes ont largement répété ce refrain au mépris du problème des abus de pouvoir que tout le monde observe. Nos propositions reprenaient pour l’essentiel ce qui se fait ailleurs dans le monde dans ce domaine. Dès lors, le contenu du rapport Hoog est essentiellement une victoire morale pour nous. Il reprend totalement à son compte l’idée d’un Conseil de déontologie des médias dans la forme dans laquelle nous l’avons proposée. Il nous donne raison sur le besoin d’un organe dont les citoyens pourraient se saisir pour demander à ce que soient reconnues certaines pratiques médiatiques contraire à la morale civique et à la déontologie journalistique. Comme nous, il propose l’adoption d’une charte commune à toute la profession pour servir de base aux jugements.
Plus précisément, il suggère celle que nous citions dans nos amendements : la charte de Munich. Celle-ci stipule notamment qu’un journaliste doit « s’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information ». Cette charte impose aussi de « s’obliger à respecter la vie privée des personnes et la présomption d’innocence ». On imagine quelle révolution ce serait en France si ces principes étaient appliqués.
Autre sujet sur lequel nous nous retrouvons en phase avec le rapport d’Emmanuel Hoog : la composition du futur conseil. L’enjeu pour notre proposition était d’éviter l’entre-soi médiatique. C’est pourquoi nous plaidons pour que des représentants des usagers des médias siègent dans un Conseil de déontologie. Le rapport ne dit pas autre chose. Il plaide pour trois collèges : journalistes, éditeurs de presse et citoyens.
Le Conseil de déontologie dessiné par le rapport aurait d’autres missions en plus de juger des plaintes reçues. Sur la base de son travail, il pourrait établir des publications plus générales sur le fonctionnement des médias. Son expérience lui permettrait en effet d’identifier les causes qui conduisent généralement au non-respect des règles de déontologie journalistique. Ainsi, le Conseil de déontologie pourrait bien devenir un allié pour l’exigence d’une Vertu citoyenne dans les médias. Il pourrait notamment interroger la concentration de la propriété des médias aux mains de quelques milliardaires. Mais peut-être aussi celle des chefferies et de leurs copinages. Et sans doute mettre en cause la précarité généralisée pour les « petits » des rédactions.
Ensuite, le conseil prévu par Hoog devrait aussi avoir un rôle en matière d’éducation aux médias. Nous y sommes également tout à fait favorables. Pendant les débats sur la loi sur les fake news, nous avions, conformes à la tradition des Lumières, plaidé pour l’éducation comme seul moyen d’empêcher la propagation des fausses informations.
Cependant, ces larges plages d’accord avec le rapport ne nous font pas approuver aussi tout le reste de ce qu’il contient. Ainsi quand il propose de donner au conseil de déontologie un pouvoir de « labellisation » des médias, de trier entre les bons et les mauvais. Sur cette base, les plateformes numériques comme Google et Facebook pourraient modifier leurs algorithmes pour avantager les « bons » et désavantager les « mauvais ». Nous ne pouvons soutenir une telle proposition. Elle revient à confier des opérations de censure et de surveillance de « la ligne » à des multinationales privées. C’est déjà ce que nous combattions dans le texte gouvernemental sur les « fakes news ».
La méthode proposée par le rapport diffère par contre de la nôtre. Nous avons déposé des amendements sur la création du conseil. Il s’agissait donc bien pour nous d’un acte souverain du législateur. Pour Emmanuel Hoog, la meilleure solution est la création spontanée d’une association par les médias eux-mêmes. L’argument avancé n’est pas absurde. Le Conseil de déontologie ne doit être en aucun cas une tentative de l’État pour reprendre en main la presse, la contraindre, la censurer ou influencer les opinions qu’elle accueille. Les parlementaires devraient peut-être donc se tenir à l’écart de la création de l’organe en question pour que ce point soit le plus clair possible. Pourquoi pas. Mais, dans ces conditions, il ne sera jamais créé.
Car c’est faire une erreur d’analyse sur le système médiatique. Les fautes de déontologie régulières qui s’y constatent ne sont pas des accidents. Les médias sont devenus la deuxième peau du système du fait même du régime de leur propriété. Leurs pratiques choquantes font partie d’une stratégie pour défendre l’ordre établi quand il est attaqué. Les milliardaires propriétaires des médias ne le sont pas par intérêt économique ou par passion du journalisme mais bien pour en faire des outils de combat politique. Il est peu probable qu’ils y renoncent volontairement. D’ailleurs, la remise du rapport d’Emmanuel Hoog n’a donné lieu à pratiquement aucune couverture médiatique. Pour une profession qui n’aime d’habitude rien autant que de parler d’elle, c’est significatif. Seul le SNJ a fait un communiqué pour soutenir le rapport et la création d’un Conseil de déontologie. C’est d’ailleurs à ce syndicat professionnel majoritaire que nous avions emprunté l’idée.
L’information est un sujet d’intérêt général. Une presse libre et indépendante est un pilier de la citoyenneté en République. Les représentants du peuple sont légitimes pour s’y intéresser de très près. Si aucun responsable médiatique ne se saisit du sujet, la loi doit pousser à la création d’un Conseil de déontologie. Notre groupe le sollicitera peut-être du gouvernement. En tous cas, un gouvernement Insoumis devrait y pourvoir aussi rapidement que possible. Et évidemment, nous remettrons en cause le système actuel de subvention à la presse qui est la base du fonctionnement du cercle médiatique de « l’officialité ». La résistance actuelle à la proposition de créer un tel conseil en est la preuve.
Ce matin-là, j’apprends par un message d’urgence à huit heures du matin qu’un communiqué de Thomas Guénolé me met en cause comme « dictateur » qui le poursuivrait par un « procédé stalinien » sur la base d’une accusation à son encontre pour harcèlement sexuel. Stupeur. Je n’ai aucun contentieux, ni personnel ni politique, avec Thomas Guénolé. Nos relations personnelles étaient sans doute rares mais excellentes.
Quel serait le but de quelque manœuvre que ce soit de ma part à son encontre ? Cela n’est dit nulle part. En quoi consiste « la dictature » qu’il me reproche et dont il ne m’a jamais parlé auparavant ? L’accusation est là, sans un seul exemple. N’était-il pas jusque-là l’animateur de l’École de formation absolument libre de ses choix de thèmes et de mode de traitement de ceux-ci ? N’a-t-il pas publié sur Facebook un post apologétique à l’égard du fonctionnement de la commission et des membres tirés au sort qui ont retenu sa candidature sur la liste aux élections européennes ? Que me reproche-t-il ? D’être entendu par la commission ad hoc chargée d’instruire les plaintes qui lui sont présentées à propos de violences sexuelles ou sexistes ?
J’ignorais qu’une telle plainte ait été déposée à son sujet. J’ignorais qu’il ait été entendu. Je n’ai aucune idée sur la validité de cette plainte car je ne sais rien des faits qui sont en cause. De toute façon, ces faits ne concernent pas un évènement interne à la France Insoumise mais l’Institut Sciences Po où ils auraient eu lieu. Je ne connais pas la plaignante. Elle n’est pas membre de la FI. En quoi aurais-je eu à connaître de cette situation ? Précisément, comme je n’ai aucun des pouvoirs que m’attribue Thomas Guénolé, je n’ai été informé à aucun moment de tout cela.
Les organes du mouvement ont fonctionné. Il n’est pas prévu qu’ils m’informent ni qu’ils me demandent mon avis, ni ne me rendent de compte. Je ne le demande pas, d’ailleurs. Je les remercie de s’être abstenu de le faire car je n’ai l’intention demain davantage qu’hier d’exercer d’autres responsabilités que celle de président du groupe parlementaire dans le Mouvement.
En toute hypothèse, dans quel but et avec quel objectif serais-je intervenu ? Quelles raisons aurais-je eu d’intervenir ? Je considérai Thomas Guénolé comme un ami ! La veille encore, celui-ci m’assurait de sa fidélité par SMS à propos d’une autre confidence de presse au Figaro qu’il niait avoir faite. Comment expliquer ce soudain acte d’accusation sans objet précis ? Je ne le sais pas. On me suggère qu’il s’agit d’une diversion à propos de cette affaire à Sciences Po. Si c’est le cas, cela me parait particulièrement déplacé. À vrai dire je choisi de tourner la page. Que puis-je faire d’autre ? On dirait bien que j’ai perdu un ami. Je l’ai appris par voie de presse. C’est bien là le problème.
Certes, un grand nombre des journalistes se sont senti obligés de traiter « l’affaire », l’ont contextualisée avec la plainte à propos de harcèlement sexuel venant d’une des élèves à Science-Po contre Thomas Guénolé. Plusieurs ont évité de parler à ce sujet de « crise à la FI », comprenant que cela n’avait aucun sens. Cette pratique journalistique minimale n’a pas empêché qu’il soit davantage question de ma « dictature » sans autre précision du sujet qui préoccupait Thomas Guénolé. Naturellement, je n’attendais pas d’organe comme France Info autre chose que des bassesses pour couvrir une éventuelle diversion. Ainsi ce journaliste de matinale : « alors, Mélenchon est un dictateur ? ».
Mais comment comprendre que la rédaction du Monde accepte que son rubricard titre sans aucune vérification sur le fond de l’affaire, ni sur les motivations de l’accusateur de ma prétendue action « stalinienne ». Et cela alors que je n’ai aucune raison d’agir contre celui que je considérais à ce moment-là comme un ami ? Je ne comprends pas. Que la ligne éditoriale du Monde me soit hostile, je l’admets. C’est la démocratie. Mais pourquoi cibler depuis des mois cet angle d’attaque contre moi et contre la FI sur ce mode de la recherche permanente de « problèmes internes ».
De quel droit le rubricard veut-il même parfois nous en imposer la mise à l’ordre du jour de nos débats ? Quelle autre organisation que la nôtre, pour quatre candidats malcontents de leur place dans la liste aux européennes, a dû subir six colonnes à la une d’un humour aussi glauque que celui affiché par ce quotidien ? Pourquoi dans chaque cas le rubricard ne vérifie-t-il aucune accusation et se contente-t-il de les relayer ? Juste pour offrir un débouché permanent et connu de tous à ce type de dénonciation-diversion ? Juste pour produire un effet mécaniquement organisé et pouvoir affirmer qu’ils sont les un « en résonnance avec les autres » ? Juste pour salir le mouvement et nier son originalité absolue ?
Pourquoi ce même journal ne s’est-il pas intéressé une seule fois à mes nombreux textes sur la forme et la vie du mouvement. Cela pourrait lui éviter de nous confondre avec un parti classique avec ses tendances et ses courants. Pourquoi ce mépris pour la théorisation que j’ai faite de la forme et du fonctionnement que je crois spécifique à une organisation de ce type dans le cadre de L’Ère du peuple et de la « théorie de la révolution citoyenne » ? Rien de tout cela intéresse un tel équarrisseur de « l’information ».
On me dit qu’il n’y a en fait pas de malveillance fondamentale mais une énorme flemme du journaliste de bureau. Travailler est fatiguant et peu rentable en clics bien vus de la chefferie. On n’a donc jamais vu une seule fois en deux ans le rubricard du Monde à une seule séance d’atelier des lois ou dans une réunion participative du mouvement. On ne l’a jamais vu s’intéresser aux commissaires tirés au sort pour les différentes conventions ou investitures du mouvement. Car il est tellement plus confortable pour ce type de journalisme de dîner en ville et de « petit café » de recopier sans recul ni vérification la moindre pleurnicherie manoeuvrière. Fusse au risque moral (morale ! lol ! lol !) de faciliter les manœuvres de diversion que ce genre de manœuvre contient souvent.
Enfin, mettre le mot « Mélenchon » est toujours apprécié des algorithmes des moteurs de recherche. Cela permet que toute recherche sur mon nom commence par proposer un flot d’affirmations flétrissantes. Voila qui fait chic et clic. Voila ce qui est considéré comme du journalisme dorénavant. « Mélenchon place son chauffeur » même si je n’ai ni chauffeur ni véhicule, « Mélenchon fait élire son garde du corps » même si je n’en ai aucun ! Voila de l’information qui ne coute que le verre de bière à boire en écrivant. Lire L’Ère du peuple, essayer de comprendre ce que je fais dans son contexte théorique ? Souriez ! L’équarrissage ce n’est même pas de la boucherie.